Est-ce que l’enseignement supérieur est en train de vivre un Moment Kodak?

ThinkstockPhotos-167811106Si vous savez ce que signifie un “Moment Kodak” cela veut dire que vous êtes surement dans la seconde moitié de votre carrière plutôt que la première.

Un “Moment Kodak” fait référence à une campagne de publicité réalisée par la société d’imagerie Eastman Kodak, qui avait pour but d’inciter les consommateurs à capturer les moments importants de leur vie à travers leur caméra – sur des pellicules Kodak. Un Moment Kodak est devenu l’expression que l’on utilisait pour définir des moment importants de notre vie, ceux dont nous voulions nous souvenir.

Je lisais un récent article du NY Times, “Chez Kodak, accrochés-à un futur au-delà des films”, qui décrivait l’orientation actuelle de Kodak sur le souhait de se réinventer grâce et au travers toutes les technologies et les brevets qu’ils ont accumulé au cours de son existence. Jeff Clarke, actuel PDG de Kodak cite dans l’article, la chose suivante : “J’exploite l’histoire de cette entreprise pour ses technologies sous-jacentes’’.

Je dirais que si vous demandiez à un Millénial, la majorité ne connaitrait pas la marque Kodak. Mais pour les Générations X et les Baby Boomers, Kodak était une marque connue de tous, tout comme Coca Cola ou le Ketchup Heinz. Aujourd’hui, Kodak ne représente que le 1/10ème (un dixième) de la taille qu’elle avait lorsqu’elle était à son pic de popularité. La technologie du film sur laquelle surfait Kodak durant son apogée est désormais une industrie qui a été transformée, devenant une technologie guidée par l’image numérique.

Kodak n’a pas su s’adapter à l’évolution du marché, ils ont fait partie de ces entreprises dites “entreprises mortes mais qui fonctionnent” et ce, jusqu’à ce que finalement ils fassent faillite. Maintenant ils essaient de se ressusciter en passant au crible toutes les technologies qu’ils ont développé par le passé mais qu’ils n’avaient pas capitalisé alors qu’ils étaient une société vibrante et dynamique. La vraie ironie de cette histoire est que Kodak était en avance sur la technologie de l’image numérique, mais au lieu de capitaliser dessus, ils ont décidé de rester focalisés sur leur technologie première, à savoir : les films, et cela les a entrainé jusqu’à la faillite.

Enseignement Supérieur

Par chance je suis tombé sur un blog qui a attiré mon attention. Il provenait du site Internet appelé ‘’L’intérieur de l’Enseignement Supérieur’’ (Inside Higher Ed), écrit par Joshua Kim et titré “Kodak et l’Enseignement Supérieur”. Le blog faisait écho à l’article du NY Times que j’avais lu auparavant. Le blog comparait l’industrie actuelle de l’enseignement supérieur à la situation de Kodak à l’aube de la technologie de l’image numérique.

L’enseignement supérieur est à un point de changement radical. Ils ont un autre type de ‘’Moment Kodak’’ que celui provenant de la campagne marketing dont j’ai parlé précédemment. Au cours des prochaines années, l’enseignement supérieur arrivera à un moment décisif comme celui qu’a vécu Kodak, lorsque la technologie de l’image numérique a décollé – en l’occurrence ma redéfinition du ‘’Moment Kodak’’. Mais les changements dans l’enseignement supérieur n’auront pas une conséquence binaire comme pour le moment Kodak. Pourquoi ? Parce que Kodak était une entreprise technologique dont la technologie est devenue obsolète. L’activité de Kodak a été définie comme étant un fournisseur d’une technologie devenue obsolète. Le “Quoi” est devenu obsolète. Le besoin d’éducation ne va pas disparaitre, mais le modèle de l’enseignement supérieur, le “Comment” va changer.

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L’enseignement supérieur ne va pas devenir obsolète, mais la technologie est en train de changer la manière dont les services seront consommés. Les ‘’Moments Kodak’’ de l’enseignement supérieur s’apparentent plus à la transformation de l’industrie musicale. Le goût que l’on possède pour la musique n’a jamais disparu, mais tout ce qui s’apparente à cette industrie a subi des transformations radicales, y compris un aspect très important, son modèle d’affaires.

L’enseignement supérieur subi de nombreuses influences technologiques, et leurs effets secondaires est d’exercer leurs influences sur le modèle traditionnel. Cela finira inévitablement par changer le modèle en soit :

  • Apprentissage Inversé
  • Salles de classe connectées
  • Grand nombre de cours en ligne
  • Etudiants ayant des connaissances en technologie
  • Modèles d’Accréditation
  • Et plus 

Mr. Kim ne possède pas les réponses, mais je le félicite pour les questions difficiles qu’il a posé :

‘’ Est-ce que les dirigeants de l’enseignement supérieur essaient d’éviter de faire les mêmes erreurs que celles faites par Kodak? Passent-ils, passons nous, suffisamment de temps et d’énergie à nous poser la question ‘’et si?’’

‘’Partagez-vous mon inquiétude sur le fait que l’enseignement supérieur risque de s’effriter? Pas pour toutes les écoles, mais pour plusieurs d’entre elles’’.

‘’ Nous commençons à voir les premières indications que la puissance de l’un des indicateurs majeurs, le système d’accréditations, commence à s’éroder’’.    

L’un des partisans les plus acharnés pour le changement dans notre système éducatif est Sir Ken Robison. Il affirme que tous les pays cherchent à reformer l’éducation publique pour deux raisons fondamentales :

  • Economique: Comment éduquer nos enfants pour s’insérer dans l’économie du 21eme siècle, alors que nous ne pouvons même pas prévoir a quoi l’économie va ressembler à la fin de la semaine prochaine.
  • Culturelle : Comment éduquer nos enfants pour qu’ils aient le sens de l’identité culturelle, tout en faisant partie du processus de mondialisation.

Vous pouvez regarder sa vidéo ici:

Qu’est ce qui peut être fait?

Je ne pense pas que les conséquences qui résulteront des choix fait par l’enseignement supérieur auront autant d’impact que pour Kodak, car dans les faits, l’enseignement supérieur n’est pas une technologie. Mais comme l’industrie évolue, il y aura d’un part, des institutions qui s’adapteront, exploiteront les nouvelles technologies, les paradigmes et prospèreront. D’autres parts, il y aura aussi celles qui traineront, faiblirons et disparaitrons.

J’ai regardé les commentaires plus bas dans le blog, Rick S. Geiger a posté une observation concernant Kodak, que j’ai trouvé intéressante :

“Les membres du conseil exécutif de Kodak, savaient parfaitement ce qui se passait avec la technologie et la plateforme globale de leur activité. Ils ont simplement décidé de ne pas faire participer l’entreprise à cette activité. Ils ont fait cela parce qu’il n’y avait pas une position suffisamment forte des actions de Kodak pour accorder des droits de décisions aux personnes qui souhaitaient avoir un futur pour l’entreprise. Les décisions ont été prises par des personnes avec une vision à court terme, période de 3 à 5 ans, et ces personnes ont pris des décisions afin de maximiser leur plan de compensation de Kodak. Je sais pour fait qu’en 1986, Kodak connaissait le futur de l’imagerie et à ce moment-là, possédait la meilleure science au monde en termes d’imagerie, incluant l’imagerie électronique. Ils ont simplement décidé de ne pas financer l’entreprise. Kodak est l’exemple parfait d’une entreprise ayant eu pour souhait de se détruire volontairement à petit feu. (Accent d’intensité). La leçon reçue de l’expérience Kodak est de ne pas investir à long terme dans une entreprise lorsque la valeur à long terme de l’entreprise n’a pas de défenseurs suffisamment puissants en son sein. Une autre entreprise dont on pourrait également parler qui a connue des problèmes similaires est Apple. Le conseil avait évincé Steve Jobs et puis ils l’ont finalement supplié de revenir lorsque l’entreprise était au bord de la faillite. Steve Jobs avait des défauts, mais une chose est certaine, il ne possédait pas une vision à court terme de l’entreprise Apple. Une seule personne suffit à faire la différence et Apple avait cette personne, contrairement à Kodak”.  

Dans mon précèdent blog, j’ai fait référence aux conseils du Professeur Gary Hamel qui propose de traiter avec un monde ou le changement a lieu à un rythme exponentiel. Son conseil :

  1. Etre capable de se transformer aussi rapidement que possible
  2. Faire de l’innovation une priorité pour tout le monde, tout le temps et tous les jours
  3. Les employés doivent faire preuve de créativité, de passion et de détermination dans leur travail de chaque jour.

Et maintenant, Rick Geiger a souligné une autre exigence pour toute organisation :

Vous avez besoin d’un défenseur de la valeur de l’entreprise à long terme, et qui a une autorité réelle.

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